Faut-il vacciner nos enfants contre le pneumocoque ?

Les autorités scientifiques belges recommandent un tout nouveau vaccin contre le pneumocoque à destination des nourrissons. Un vaccin efficace mais onéreux, dont le remboursement est encore à l’étude…

Est-il indispensable de vacciner son enfant contre le pneumocoque, une bactérie responsable de nombreuses infections chez le jeune enfant ? C’est la question que se posent aujourd’hui nombre de parents, au vu du tapage médiatique que provoque l’apparition d’un nouveau vaccin antipneumococcique, le Prevenar®, enregistré pour la vaccination des enfants âgés de 2 mois à 2 ans.

Les dangers du pneumocoque

Le pneumocoque est une bactérie présente chez 5 à 25% des personnes en bonne santé, au niveau de la bouche, du nez et du pharynx. Chez un hôte sensible, le pneumocoque peut provoquer des infections, soit par descente vers les voies respiratoires (pneumonie), soit par migration vers l’oreille (otite), soit par envahissement de la circulation sanguine (méningite, bactériémie). Chez le jeune enfant, le pneumocoque représente une cause importante d’otite moyenne, de pneumonie, de méningite et de septicémie.

Les vaccins contre le pneumocoque

Jusqu’ici, les seuls vaccins disponibles contre le pneumocoque ne protégeaient pas les enfants de moins de 2 ans. Constitués d’un mélange des 23 antigènes les plus importants du pneumocoque (vaccin 23-valent), ils étaient essentiellement destinés aux adultes et aux enfants de plus de 2 ans atteints de maladies chroniques, ainsi qu’aux personnes de plus 60 ans.

Le nouveau vaccin conjugué contre le pneumocoque protège désormais aussi les enfants dès l’âge de 2 mois, contre les 7 souches pneumococciques les plus répandues et les plus résistantes aux antibiotiques (vaccin heptavalent). Or, le jeune âge est un déterminant majeur du risque d’infection par le pneumocoque. Près de la moitié des bactériémies (présence de bactéries dans le sang) et les trois-quarts des méningites (inflammation des méninges, la membrane qui entoure le système nerveux central) survenant avant l’âge de 5 ans affectent les enfants au cours de leur première année de vie. Les bactériémies à pneumocoques peuvent le plus souvent être guéries par antibiotiques. Par contre, les méningites à pneumocoques peuvent provoquer de graves séquelles, voire le décès de l’enfant atteint. Sans danger pour la vie de l’enfant, les otites moyennes bactériennes sont elles aussi fréquentes ; un tiers d’entre elles sont causées par le pneumocoque.

Réticences européennes

L’efficacité des nouveaux vaccins conjugués dans la prévention des infections invasives (septicémies et méningites) à pneumocoques chez l’enfant a été démontrée aux Etats-Unis où cette vaccination fait partie du calendrier vaccinal depuis plusieurs années. Mais la majorité des pays d’Europe restent jusqu’ici hésitants pour plusieurs raisons.

D’abord parce que les antigènes du pneumocoque contenus dans le vaccin ne couvrent pas tous les antigènes du pneumocoque circulant dans la population. Il faut savoir que les germes responsables de la virulence du pneumocoque sont répartis différemment entre les adultes et les enfants et diffèrent d’un pays à l’autre. Ensuite parce que le schéma vaccinal est lourd (3 doses de base plus une dose de rappel) et complique le calendrier vaccinal. Et enfin parce que ce vaccin est particulièrement onéreux. Sans remboursement, son accès est limité à ceux qui en ont les moyens.

La situation en Belgique

Chez nous, les réticences ont été émoussées pour des raisons scientifiques avant tout. Depuis l’apparition du Prevenar® (Wyeth) sur le marché belge, en novembre dernier, la vaccination des enfants contre le pneumocoque fait en effet partie du calendrier vaccinal de base recommandé par les autorités scientifiques (Conseil Supérieur d’Hygiène).

Une décision qui s’explique par l’efficacité de ce vaccin lorsqu’il est administré en bas âge. D’après les résultats du laboratoire de référence belge pour les pneumocoques, le vaccin conjugué heptavalent couvre 81,5% des germes responsables des infections invasives à pneumocoques, 79% de ceux responsables des méningites chez les enfants de moins de 5 ans et près de 82% des souches responsables d’otites moyennes. Il couvre par ailleurs la majeure partie des germes devenus résistants aux antibiotiques. Il correspond donc bien au profil épidémiologique des germes circulants dans notre pays.

A noter que si cette protection est aujourd’hui recommandée à tous, elle doit en tout cas être impérativement et rapidement conférée aux enfants à risque élevé d’infections invasives à pneumocoques (enfants qui n’ont pas de rate ou dont la rate de fonctionne plus, VIH, déficients immunitaires, malades chroniques, enfants ayant un implant cochléaire...).

Le schéma vaccinal antipneumococcique comporte l’administration de trois doses entre 2 et 4 mois, plus une dose de rappel entre 12 et 15 mois. Il est donc identique aux vaccinations de routine de cet âge, ce qui en facilite l’introduction. Actuellement en développement, une combinaison des vaccins contre le méningocoque C et contre le pneumocoque pourrait permettre, dans quelques années, d’introduire la protection vaccinale contre ces deux maladies dans le calendrier vaccinal, sans accroître le nombre d’injections.

Reste une seule pierre d’achoppement, mais elle est de taille : le coût élevé de ce nouveau vaccin qui par ailleurs n’est encore ni remboursé par la sécurité sociale ni mis gratuitement à la disposition des nourrissons. Une dose de Prevenar® revient à 68,27 euros. Or il en faut quatre pour protéger votre enfant. Une somme considérable dont ne disposent pas toutes les familles. Conscientes de ce problème, nos autorités étudient actuellement, au sein de la Conférence interministérielle Santé, la possibilité d’un éventuel remboursement de ce vaccin d’ici 2006. En attendant, si l’information scientifique mérite certainement d’être transmise aux parents par le médecin traitant de l’enfant, on est par contre en droit de se demander s’il est légitime de faire un tel battage publicitaire pour un vaccin difficilement accessible…

Myriam Marchand
17/01/2005